Le jour où mon corps m’a dit “Stop”

18 mois de grossesse. Un petit garçon de 2 ans et 5 mois. Un bébé de presque 2 mois. Une nouvelle maison. Un nouveau boulot. Un changement de vie. Un mari aimant. Un corps qui n’est plus ce qu’il était. Un esprit bouleversé. Une fissure irréversible.

Il peut arriver dans la vie d’atteindre le point de non retour, celui qui vous pousse à vous dire que cette fois, toutes vos limites sont atteintes, physiquement et psychologiquement. J’ai vécu 4 ans et demi un cauchemar, un cauchemar maquillé, déguisé, aux yeux de tous. Les traces de ce passé sont invisibles mais indélébiles. Je suis partit dans le silence, sans soigner cette image de moi brisée, avec le peu de force, et d’estime qu’il me restait. Je n’ai jamais parlé, je me suis dit qu’avec le temps, ce serait oublié. Je me suis promise d’être heureuse pour la première fois. Alors j’ai tout recommencé, j’ai relevé la tête, j’ai donné mon corps et mon cœur sans retenu à l’homme que j’aimais, que j’aime, que j’aimerais toujours. J’ai masqué mon ego détruit par le passé et j’ai essayé de montrer le meilleur de moi-même pour être aimée.

Et puis l’électro-choc, il s’est installé tout doucement durant ma deuxième grossesse, il est venu chambouler mes nuits, il a laissé couler quelques larmes en pleine journée. J’ai veillé des heures parfois en pleine nuit, à réfléchir de qui j’étais devenue, et tout ce que j’avais accompli jusqu’ici. J’ai voulu être la meilleur des mamans, j’ai donné corps et âme pour mes petits garçons. Je me suis investit pour être la meilleure des femmes, pour voir dans ces yeux l’amour, et la fierté que j’espérais.

Le but ultime 

J’ai rêvé d’une belle maison, d’un mari adorable et de beaux enfants. Comme beaucoup de monde.

J’ai une maison cosy, un mari merveilleux à mes côtés et deux garçons aimants. Et puis maintenant ? Je suis une mère, rien qu’une mère, celle qui sait où est le t-shirt Batman, celle qui sait à quelle heure Bébé a été changé et a mangé, qui pense aux anniversaires, aux courses, celle qui sait où est cette fichue fiche de paie, où sont les lunettes de Mr, la voiture Mickey que Doudou cherche partout, celle qui connaît si nous avons une boîte d’haricots verts, ou si la chemise bleue adorée de Mr a été lavée et repassée… Au début, on a une certaine satisfaction personnelle d’être à la maison, au travail, de tout gérer sur tous les plans. Parce que ce n’est pas facile c’est un travail à temps plein, pas seulement 10h/jour, mais bien 24h/24, 7jours/7, et les vacances, ça n’existent pas. J’ai apprécié leur cuisiner leurs plats préférés, les câliner autant que possible, l’entendre me dire que je suis belle de bon matin alors que j’ai dormi que quelques heures. J’ai aimé donner de ma personne pour chacun d’eux. Peut-être trop, c’était ma façon à moi de leur montrer tout mon amour, je me suis dévouée à eux. J’ai vécu par procuration. Leur bonheur était devenu le mien. Et moi par habitude, je me suis tu, oubliée, je n’existais plus.

Ces tâches de ménage répétitives, cloisonnée dans ma cuisine, ces lessives qui n’en finissent plus, les pleurs, ces arrêts de travail pour les maladies de Doudou et ses phases de développement difficiles comme tout enfant, les disputes encore et encore, les nuits trop courtes, ce corps qui s’épuise, ces conversations quotidiennes “T’as fait pipi ?” “T’as faim?” “Viens on va changer ta couche”, ces cafés qui ont traîné des heures sans que je puisse boire une gorgée, ces bisous du soir parfois expéditifs car on veut que la journée s’arrête enfin, ces déplacements de travail où je me retrouvais encore plus seule à la maison, où parfois j’ai eu les larmes aux yeux serrant très fort mon petit garçon, lui promettant que si Maman pleurait ce n’était pas de sa faute, il n’y était pour rien… tout ce quotidien était devenu une corvée. J’étais devenue un robot, il suffisait de susciter un besoin et Maman exécutait.

Où est passée cette femme que je suis avant tout ? 

Un jour, ça m’a pris comme un coup de poing en pleine figure, j’ai senti mon corps épuisé, ma tête hurlait de douleurs, il fallait que ça s’arrête. Je pleurais à chaque levée, à chaque couchée, dès que je le pouvais, je me cachais. Tout le temps que je passais à m’habiller, à me maquiller, à me façonner ce joli sourire pour ne rien laisser paraître. Tout le temps que je passais à nettoyer, aspirer, laver. Tout le temps que je passais à cuisiner, repasser, ranger, me répéter, m’occuper de mes bébés. Tout le temps où je vivais à leur côté, sans vraiment exister. Sans exister en temps que Femme, cette femme qui s’était oubliée. Cette femme qu’on ne regardait plus, qui s’était effacé. J’étais dévouée, toujours bienveillante et souriante, 24h/24, 7jours/7. Je culpabilisais de ressentir ce mal être. Je me sentais rien, la continuité d’un sentiment passé. Je me sentais inutile. Plus aucune confiance. Incapable, transparente, nulle, bonne à jeter, c’était mon sentiment. A vouloir être exemplaire, à vouloir trop bien faire, à vouloir être aimée de toutes les manières, les rendre heureux, les rendre fière, c’est arrivé.

J’ai dit “Stop”, j’ai pleuré toutes les larmes que je pouvais. J’ai dit ce que j’avais à dire, tout ce que je ressentais. 

Bisous, FamilyL♥ve

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1 Comment

  1. Ton message est très touchant d’autant plus que je suis enceinte actuellement de mon premier enfant (un petit garçon) et je suis en train petit à petit de me préparer à son arrivée et à tout ce que cela va impliquer même si tant que je ne l’aurai pas vécu je ne pourrai pas m’en rendre compte (pour les bons côtés comme ceux qui seront plus compliqués…). Je pense que c’est parfois difficile de ne pas s’oublier, on peut être pleine de bonnes intentions et de promesses que l’on se fixe mais en pratique ce n’est jamais vraiment ça. Merci en tout cas pour cette sincérité! bises

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